"Ex vitio alterius sapiens emendat suum" (À partir de l’erreur d’autrui, le sage corrige la sienne), Daniel Meisner

« Ex vitio alterius sapiens emendat suum » (À partir de l’erreur d’autrui, le sage corrige la sienne)

« Ex vitio alterius sapiens emendat suum » (À partir de l’erreur d’autrui, le sage corrige la sienne) 850 480 V.M. Kwen Khan Khu

Chers/ères lecteurs/trices :

Je vous fais parvenir cette image qui fait partie d’une série de gravures appelée Thesaurus Philo-Politicus, publiée par Daniel Meisner en collaboration avec Eberhard Kieser à partir de 1623.

Cette gravure a pour titre…

…EX VITIO ALTERIUS SAPIENS EMENDAT SUUM
‘À partir de l’erreur d’autrui, le sage corrige la sienne’

"Ex vitio alterius sapiens emendat suum" (À partir de l’erreur d’autrui, le sage corrige la sienne), Daniel Meisner

Au premier plan, nous observons un sage qui se regarde dans un miroir, monté sur une licorne. Au fond, il y a le paysage de la ville d’Arnhem ─ Pays-Bas ─.

Ex vitio alterius, sapiens sua corrigit ultro,
Et vitia emendat facta peracta choro.

Traduction : ‘À partir de l’erreur d’autrui, le sage corrige spontanément les siennes, et rectifie les erreurs commises et accomplies devant la foule’.

Le texte en ancien allemand affirme la même chose : ‘À partir des vices des autres, l’homme sage corrige d’autant plus les siens ; et il cesse de répéter ses anciennes œuvres ─ erreurs ─ qu’il avait commises devant le monde’.

Que veut-on nous dire par tout cela, cher lecteur ?

Nous devons d’abord commencer par souligner que cette gravure fait allusion à l’art alchimique. C’est pourquoi nous voyons l’alchimiste se regarder dans un miroir, ce qui nous amène au thème directement lié à la thématique dont il est question : le miroir de l’Alchimie.

À cet égard, on trouve des choses comme celles-ci dans la préface des Demeures philosophales :

« Le Miroir de la Sagesse, évidemment, n’offre aucun rapport avec le meuble utilisé pour la réflexion de l’image, qu’il soit fait de métal, comme dans l’ancienne Egypte, ou d’obsidienne, dans la Rome des Césars ; voire du cristal des fontaines, tout à l’origine, ou du verre étamé le plus pur de nos temps modernes. C’est ce dernier pourtant, en lentille convexe et inclinée, que tient la Prudence aux deux visages opposés, gardienne du tombeau de François II, dans la cathédrale Saint-Pierre à Nantes, avec ses trois compagnes, la justice et la Tempérance.

[…]

« Au royaume du Soufre, insiste Cosmopolite, existe un Miroir dans lequel on voit tout le Monde. Quiconque regarde en ce Miroir peut y voir et apprendre les trois parties de la Sagesse de tout le Monde, et de cette manière il deviendra très savant dans ces trois Règnes, tels que le furent Aristote, Avicenne et plusieurs autres qui, de même que le reste des Maîtres, virent dans ce Miroir comment le Monde fut créé ». ─ De Sulphure, Coloniae, 1616, p. 65. ─

Assurément, le double secret de la naissance et de la mort, impénétrable aux plus savants « selon le siècle », celui de la création du Monde et de sa fin tragique en châtiment de l’avidité et de l’orgueil des hommes, également incommensurables, ne sont pas les moindres révélations visuelles que fournit à l’Adepte le Miroir de l’art ».

Plus loin, le V.M. Fulcanelli ajoute dans le même ouvrage, Les Demeures philosophiques, ce qui suit :

« Mais tandis que le dragon figure le mercure écailleux et volatil, produit de la purification superficielle du sujet, le serpent, dépourvu d’ailes, demeure l’hiéroglyphe du mercure commun, pur et mondé, extrait du corps de la magnésie ou matière première. C’est la raison pour laquelle certaines statues allégoriques de la Prudence ont pour attribut le serpent fixé sur un miroir. Et ce miroir, signature du minéral brut fourni par la nature, devient lumineux en réfléchissant la lumière, c’est-à-dire en manifestant sa vitalité dans le serpent ou mercure, qu’il tenait caché sous son enveloppe grossière ».

Le Vénérable Maître Samael, dans son œuvre LA DOCTRINE SECRÈTE D’ANÁHUAC, nous dit des choses comme celles-ci lorsqu’il nous parle du miroir de l’Alchimie. Voyons voir :

« Lorsque le bienheureux ─ en référence à Quetzalcóatl ─ arriva sur la terre de couleur rouge, il revêtit sur ses épaules la pourpre des rois divins et ressuscita d’entre les morts.

“On dit qu’alors on le vit dans les eaux comme dans un miroir [le miroir de l’Alchimie]. Son visage était à nouveau magnifique [il retourna au paradis perdu]. Il se parut des plus beaux atours et, après avoir allumé un bûcher, s’y jeta [le feu sexuel anéantit totalement son Moi psychologique, ne laissant même pas ses cendres] ; et les oiseaux au plumage somptueux [les oiseaux de l’Esprit] vinrent voir comment il brûlait : le rouge-gorge, l’oiseau de couleur turquoise, l’oiseau irisé, l’oiseau rouge et bleu, celui de couleur jaune doré et mille autres oiseaux précieux. Lorsque le bûcher cessa de brûler [le Grand Œuvre accompli], son cœur s’éleva et atteignit les cieux. Là, il se transforma en étoile, et cette étoile est l’étoile de l’aube et du crépuscule. Auparavant, il était descendu dans le royaume des morts et, après y avoir passé sept jours, il remonta transformé en astre”.

L’Initiateur nous présente toujours le miroir de l’Alchimie d’une main tandis qu’il tient de l’autre la corne d’Amalthée. À ses côtés, nous voyons l’Arbre de Vie, si étudié par les kabbalistes hébreux. Le miroir symbolise toujours le commencement de l’œuvre, l’Arbre de Vie en indique la fin et la corne d’abondance le résultat ».

CONCLUSION :

Compagnons et compagnes, le miroir de l’Alchimie fait référence aux transformations que nos transmutations opèrent en nous. C’est le miroir de l’Alchimie qui transforme totalement la vie des Adeptes et en fait des êtres spéciaux grâce aux merveilleux pouvoirs du Mercure des philosophes.

C’est peut-être pour cela que nous voyons également l’Adepte assis sur une licorne ─ symbole de la chasteté absolue ─, tandis qu’il se regarde dans le miroir de l’Alchimie.

Au fond de cette illustration, on peut observer plusieurs voiliers qui symbolisent les diverses réitérations effectuées par l’Adepte dans son travail de laboratorium.

Je vous ajoute maintenant quelques phrases pour votre réflexion :

« Le christianisme a trop confondu la chasteté avec la prudence. La véritable pureté est celle de l’amour. Un eunuque ou un séminariste peuvent ne pas être chastes du tout : le sourire d’une fiancée peut être infiniment plus virginal que celui d’une nonne ».
Guyau

« La pureté, comme l’opale, est considérée comme insignifiante parce qu’on ne voit pas ses reflets ».
Carmen Silva

« Il n’y a qu’une seule pureté, la première, et lorsqu’elle est perdue, elle est perdue pour toujours ».
Concepción Arenal

« L’un des aspects de la prudence est que ce qui peut être fait pour le bien ne soit pas fait pour le mal ».
Cervantes

« Celui qui a de la prudence n’a pas besoin de protecteur ».
Juvénal

PHILOSOPHIA ANCILLA THEOLOGIAE.
─ ‘La philosophie est la servante de la théologie’ ─.

KWEN KHAN KHU