Bien-aimés lecteurs et lectrices :
J’ai le plaisir de vous faire parvenir cette gravure intitulée…
…COGNITIO

La scène, allégorique et mythologique, nous montre le siège des neuf muses sur le mont Hélicon, présidé par les Dieux Apollon ─ reconnaissable à son aura lumineuse et à sa lyre ─ et Pallas Athéna ─ qui apparaît dans le coin supérieur gauche, sur un nuage, coiffée d’un casque et tenant une lance ─.
Les muses sont représentées et entourées des attributs des arts et des sciences : des instruments de musique, un globe terrestre, une boussole, le caducée de Mercure, des instruments de mesure… Elles sont réunies autour de leur source d’inspiration, la source d’Hippocrène. Selon la mythologie hellénique, c’est d’un coup de sabot donné par Pégase sur la Terre, sur le Mont Hélicon, qu’a jailli cette source qui conférait le don du chant à quiconque buvait de ses eaux. Pégase était un cheval ailé, indomptable, né du sang de Méduse lorsqu’elle fut décapitée par Persée. Athéna, à l’aide de brides d’or, l’apprivoisa et l’offrit au héros Bellérophon afin qu’il puisse détruire la Chimère, qui assiégeait la région de Lydie.
Au centre de la composition apparaît également un cygne, animal sacré d’Apollon.
Un texte en latin :
Musarum Haec sedes, cu Pallade Praeses Apollo, Queis Sensus doctae promovet Artis Opus.
Traduction : ‘C’est ici le siège des muses. Celui qui le gouverne est Apollon, avec Pallas (Athéna), grâce auxquels la sensibilité favorise l’œuvre de l’art érudit’.
Sous ce texte figurent les notes suivantes :
Abraham Trentwet Senior inv. ─invenit─
Cum privileg. S. C. Maj. ─Sacrae Caesareae Maiestatis─
Que veut dire tout cela, chers amis ?
Nous devons tout d’abord remonter à l’origine de tout ce contexte. Commençons par identifier la Divine Athéna ─ notre Divine Mère intérieure ─ qui, avec Apollon ─ représentation vivante de notre Christ intime ─, gouverne les demeures divines qui sont la propriété de notre ÊTRE Réel. Le Gnosticisme nous indique que les neuf muses sont des parties autonomes et auto-conscientes de notre propre ÊTRE et que, par conséquent, lorsque le Père le souhaite, elles s’expriment dans la nature animique de tout Adepte.
Il est clair que chacune d’elles possède sa faculté essentielle qui peut se manifester sous forme de musique, de poésie, de sagesse, de science, etc., etc., etc. Ce sont les muses qui se sont manifestées à travers les grandes œuvres d’un Beethoven, d’un Velázquez, d’un Michel-Ange Buonarroti, d’un Léonard de Vinci, d’un Cervantes, d’un Shakespeare, d’un Newton, d’un Bécquer, d’un Rubén Darío, etc., etc., etc.
D’autre part, nous devons indiquer que Pégase est l’allégorie vivante de notre Mercure sacré, et, pour cette raison, bien qu’il soit sauvage, notre bénie Stella Maris est cependant capable de l’apprivoiser, lui conférant ainsi différents dons ou pouvoirs que cette substance porte dans sa propre nature. C’est pourquoi, lorsque cette créature ─ le Pégase ─ frappe de son coup de sabot notre Terre philosophique, alors commence à couler une eau précieuse ─ le Mercure Soufré ─, et quiconque boit de cette eau acquiert le don de pouvoir interpréter « les chants de la sagesse ».
Pégase jaillit des eaux alchimiques lorsque Méduse ─ l’EGO ─ est morte, et c’est pourquoi il est doté « d’ailes », car il s’est transformé en une matière volatile après avoir été fécondé par le feu de la Divine Dame.
Le cygne, qui est l’animal favori d’Apollon, revêt une importance tout aussi grande. Le cygne, par sa beauté resplendissante et sa blancheur immaculée, représente la chasteté de notre glorieux Seigneur — le Christ intime —. C’est pour cette raison que nous le voyons faire partie de cet ensemble artistique.
Nous devons dire que seul le Mercure secret peut mettre à mort ce monstre que la mythologie surnomme la Chimère.
La Chimère cherche toujours à maintenir l’humanité dans la confusion et plongée dans des rêves absurdes ; en d’autres termes, le mental humain est endormi par les chimères égoïques, ce qui empêche l’être humain d’expérimenter les vérités célestes des mondes supérieurs de Conscience.
Dans cette magnifique gravure artistique, on voit les neuf muses, bien que l’une d’entre elles se trouve derrière une autre qui est près d’un arbre. Curieusement, nous pouvons voir l’une d’elles allongée sur le sol, tenant dans ses mains un masque pour représenter le théâtre avec ses drames, ses tragédies et ses comédies.
Voici donc, chers/ères lecteurs/trices, comment l’art hermétique a certes sa propre manière de s’exprimer, mais uniquement pour les connaisseurs en la matière, c’est-à-dire ceux qui sont capables de voir dans ses manifestations le secret secretorum du Grand Œuvre.
Je vous joins, pour conclure notre description, quelques phrases sur lesquelles réfléchir :
« La pensée est un mystère, la parole est un mystère, l’homme est un abîme ».
Balmes
« Le mystère nous assaille, et c’est précisément ce que nous voyons et faisons chaque jour qui recèle la plus grande somme de mystères ».
Amiel
« L’adoration est une admiration transcendantale ».
Carlyle
« Le véritable mystique trouve Dieu dans toutes les religions ».
Ibn ‘Arabī
HIC ET NUNC.
─ ‘Ici et maintenant’ ─.
KWEN KHAN KHU